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Avr 18

L’antidote au « religieusement correct »

Aimer, obéir ?

La Bible tient-elle

un double langage ?

Et si aimer conduisait

à obéir et inversement

si l’obéissance aux lois divines

indiquait un projet de vie ?

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La Bible, premier et second testament, n’est pas un ouvrage de morale en soi. Cependant, au fil des pages, le lecteur est confronté à une éthique, une mise en garde contre certains comportements inadéquats ou dénoncés comme destructeurs.

Il y a bien un appel à établir une frontière entre l’adéquat et l’inadéquat, la cohérence et l’incohérence, le bien et le mal. Toutes ces notions sont inscrites dans chaque homme selon des compréhensions et des sensibilités, certes, diverses, mais qui touchent la conscience. Il est indéniable que cette dernière est susceptible de grandes variations selon les cultures et l’éducation. Mais ce qui demeure, c’est l’obligation morale et l’appel à faire ce qui est considéré comme le bien à partir des sources qui ont construit le jugement de la personne.

Le message de la Bible intervient et prend le relais là où la conscience livrée à elle-même ne peut qu’être subjective et limitée. Établir la distinction entre le bien et le mal exige une référence supérieure qui doit échapper aux manipulations humaines. C’est selon cette exigence qu’il faut juger le texte biblique et prendre en compte ses critères. Par exemple, si nous portons attention au livre de la Genèse, livre du commencement, nous constatons que l’histoire de l’humanité débute par une mise en garde : « Le Seigneur Dieu prend l’homme et le place dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. Le Seigneur Dieu donne cet ordre à l’homme : Tu peux manger de tous les fruits des arbres du jardin. Mais tu ne dois pas manger les fruits de l’arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal. Oui, le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est sûr« . (Genèse 2.15-17)

Ce texte est fondateur en ce sens qu’il place l’humain face à une autorité supérieure à laquelle il doit rendre compte. C’est aussi un avertissement contre les prétentions à la toute-puissance dont l’homme s’investit lorsqu’il prétend à l’autonomie.

Par la suite, au temps de l’ancien Israël, ce sont le prophètes, tout spécialement, qui auront la rude tâche d’interpeller leurs contemporains et , par le message qu’ils proclament, tenter de les guider sur une chemin d’avenir. « Seigneur, je le sais, les humains ne sont pas maîtres de leur vie. Celui qui marche n’est pas capable d’assurer ses pas. » (Jérémie 10.23)

Leur message est construit autour de deux notions, à première vue opposées : la justice et l’amour. « Amour et fidélité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. » (Psaume 85.11)

L’amour de Dieu s’exprime au travers du pardon, qui rend la dignité et ouvre un chemin nouveau. La justice, quant à elle, invite à considérer les « Dix Paroles », ces commandements donnés à Moïse. Si ces deux éléments sont perçus différemment selon les sensibilités, les cultures et les histoires de vie, ils sont une invitation à vivre une exigence au quotidien.

Une tension, qui peut être vécue en permanence, s’exprime entre ces deux valeurs : d’une part l’amour comme don et don de soi, mais hors de portée de l’homme dans son absolu, et, d’autre part, la justice parfaite qui demeure également une aspiration. Nous voici donc interpellés par une exigence qui nous dépasse et nous invite à trouver une cohérence entre notre vie et le projet de Dieu en notre faveur.

Jean, témoin oculaire de Jésus, est appelé l’apôtre de l’amour. Il nous donne une définition de Dieu en ces termes : « Dieu est amour« . (1 Jean 4.16)

L’amour est le fondement de la relation entre l’homme et Dieu qui, en Jésus-Christ, a désiré se faire connaître et cheminer avec les hommes. Le fameux message du Christ, appelé Sermon sur la montagne (Matthieu chapitres 5 à 7), expose une relation triangulaire : Dieu, le prochain, moi.

Dans son enseignement, Jésus relie ensemble amour et justice comme les deux faces d’une pièce de monnaie. L’avènement du royaume des cieux, préoccupation essentielle du sermon de Jésus, se fonde sur le rétablissement de ces deux valeurs dans le coeur de tout homme. Jésus s’inscrit dans le droit-fil des prophètes, il démontre que la loi n’est pas une enfilade de préceptes ou un code, mais bien un projet de vie. Il n’a jamais été dans l’intention de Jésus de créer une opposition entre son enseignement et celui des prophètes dans lequel il a puisé lui-même.

Le prophète Jérémie, sept siècles avant notre ère, mettait en évidence ce qui ronge et détruit l’homme : « Le péché de Juda est écrit avec un stylet de fer, avec une pointe de diamant ; il est gravé sur les tablettes de leur coeur, sur les cornes de leurs autels. » (Jérémie 17.1)

Ce diagnostic, établi voici maintenant vingt-sept siècles, est encore valable aujourd’hui. Le problème profond est au centre de la nature humaine, que la pensée biblique appelle le « coeur » et qui est tout à la fois l’intelligence, le désir et la volonté.

Établissant le lien entre les tables de pierre (les dix paroles données à Moïse) et la tablette du cœur citée par Jérémie, voici l’approche du théologien Bernard Renaud : « Aussi longtemps que le loi est inscrite sur les tables de pierre, aussi longtemps le pardon sera impossible. L’offrande de l’homme ne peut pas compenser pour ses propres péchés. Pour que Dieu puisse oublier, il doit effacer, gommer le péché écrit sur le cœur et le remplacer par la loi. La notion de Dieu écrivant sur le cœur répondait à ce que le prophète y voyait déjà écrit (le péché). Seule une aussi radicale intervention que celle de Dieu pouvait réussir. L’Israélite ne pouvait pas plus circoncire son propre cœur que le Koushite ne pouvait changer sa peau. Dieu seul pouvait opérer sur la créature corrompue. » (1)

Les prophètes dénonçaient les conceptions religieuses superficielles qui trahissaient l’authentique relation à Dieu. Le « religieusement correct » enfermait les Israélites dans une fausse sécurité. La dimension religieuse bien comprise est à l’évidence une quête des priorités spirituelles. Aucune loi, fût-elle celle de Dieu, aucune pratique religieuse la plus riche ne peuvent conduire à une vie spirituelle authentique.

Une bonne part des enseignements de Jésus vise à dénoncer cette fausse sécurité qui déforme tout rapport à Dieu. En ce sens, Jésus ne propose pas, à proprement parler, une nouvelle vérité. Nulle part les textes du premier Testament (ou Ancien Testament) ne conduisent à comprendre la relation à Dieu sur la base d’une conformité extérieure à des lois. Est-ce par souci « d’efficacité spirituelle » que les hommes cherchent à savoir quels sont les commandements les plus importants ? Interrogeant Jésus pour lui tendre un piège, un responsable religieux lui dit : « Maître, dans la loi, quel est le commandement le plus important ? » (Matthieu 22.36)

Jésus répondra : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de tout ton être et de toute ton intelligence. C’est le plus important et le premier des commandements. Et voici le deuxième commandement, qui est aussi important que le premier : Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » (Matthieu 22. 37-40)

Magnifique résumé mais terrible exigence ! Rien à voir avec un code à suivre, mais une attitude construite sur la relation d’amour qui unit l’homme à Dieu et, dans un même espace, l’homme à son semblable.

La réponse de Jésus est le prolongement identitaire de ce qu’il est lui-même : son message et sa personne ne font qu’un. C’est un des éléments qui éclairent l’affirmation faite à Thomas : « Le chemin, la vérité et la vie, c’est moi. Personne ne va au Père sans passer par moi. » (Jean 14.6)

Il est tout à fait significatif que Jésus n’a jamais consenti à s’engager dans une comparaison des commandements entre eux. Les premier et deuxième commandements se regardent l’un l’autre, car ils renvoient à l’unicité du Décalogue. Jésus a magnifié la loi de Dieu, à la manière d’un jardinier qui ôte les mauvaises herbes car elles portent atteinte à la beauté d’un massif de fleurs.

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