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Amnon et Thamar – Reflexion sur l’amour –

Lecture de 2 Samuel 13 : 1-17


Texte brutal, traduisant les dérives humaines, comme la Bible le fait régulièrement dans l’Ancien testament pour nous instruire sur les conséquences de nos actes quand ils ne sont pas faits sous le regard de notre Dieu.

Résumons en quelques mots cette histoire sordide, mais en utilisant les mots du texte.

 

Les protagonistes :
Amnon, fils de David et de Ahinoam ;

Amnon est né à Hébron lorsque David était roi de Juda mais pas encore roi d’Israël ; ceci se situe peu de temps après la mort de Saül et Jonathan (2Sam 3);

Tamar, fille de David et de Maaka ; Tamar est une des soeurs d’Absalom, née probablement aussi à Hébron dans la même période. par conséquent, Tamar est une demi-sœur d’Amnon

 

La situation :
comme c’était le cas à cette époque, les différents épouses ou concubines ne vivaient pas ensemble, et par conséquent leurs enfants ne grandissaient pas ensemble mais se côtoyaient assez souvent.
C’est ce qui permet de comprendre le texte qui nous dit :

« Amnon avait une sœur qui était très belle, … ; il l’aimait ».

Et plus loin lorsque que Amnon feignait d’être malade, il demanda à son père David d’intervenir pour que sa soeur Tamar vienne le voir et lui préparer un repas.

Amnon est donc amoureux, follement amoureux de cette fille Tamar, tellement amoureux que le texte nous dit « tourmenté jusqu’à se rendre malade »

Cependant, les conventions sociales de l’époque ne lui permettaient pas d’aborder cette Tamar (elle était vierge, et il paraissait difficile à Amon de faire auprès d’elle la moindre tentative »

 

Le drame :
en suivant les mauvais conseils d’un ami, Amnon met au point au stratagème qui nous paraît puéril, certes, mais qui permet avec l’aide de son père David, de faire venir en sa présence, celle pour qui son cœur brûlait.

La suite de l’histoire nous permet de comprendre la nature de l’amour de Amnon
pour Tamar : plus du désir physique que de l’amour réel, qui malheureusement, comme le texte nous l’indique, s’est exprimé par un viol, avec toute la violence attachée à cet acte  condamnable.

 

Analyse :
La lecture attentive d’un texte aussi violent se déroulant dans un contexte qui nous semble très lointain nous apprend que les hommes et les femmes du XXI° siècle ne sont pas très différents de Amnon et de Tamar dans leurs comportements et leurs émotions.

Identifions les étapes émotives par lesquelles passe Amnon :
– follement amoureux, à tomber malade
– voulant à tout prix obtenir l’objet de son amour, quelques soient les moyens, considérant que les possibilités offertes par la société de l’époque n’étaient pas suffisantes – Un peu comme beaucoup de personnes du XX° siècle considérant que les règles et  conventions étaient inutiles et vieillottes – passant de l’amour passionné à la déraison lorsque, face à Tamar, il ne l’écoute
pas et la viole
– se mettant à la détester plus qu’il ne l’avait aimée nous dit le texte
– et par conséquent la traitant plus mal qu’une prostituée.
Deux choses m’ont particulièrement interpelé suite à cette première analyse :
– l’opposition de sentiments entre : l’amour fou de Amnon pour Tamar du début de l’histoire et la haine à son encontre à la fin de l’histoire
– l’aveuglement de Amnon sur la réalité de ses intentions réelles vis à vis de Tamar

 

C’est toute l’ambigüité de l’amour entre un homme et une femme qui apparaît ainsi au cœur de ce récit :
– qu’est ce que l’amour ? Comment définir l’amour ?
– l’amour est-il nécessaire pour construire une relation entre un homme et une
femme ?
– que faire pour que l’amour dure et ne se transforme pas en haine ?
Tout le monde connait l’expression « tomber amoureux », mais aussi celle-ci « follement amoureux », lorsque l’on décrit une situation de grand amour entre un homme et une femme.
Cela semblerait ne semblerait-il pas nous dire que l’amour est subi et nous conduit dans la déraison ?
Je pense qu’une autre définition de l’amour est possible.

Même si, au cours de toute relation amoureuse, il existe souvent une dimension inexplicable et  parfois déraisonnable. Nous y reviendrons dans quelques instants.

 

Quel est l’objectif de l’amour ?
Quand on pose cette question à différentes personnes, on obtient les réponses du type :
– c’est d’être heureux
– c’est de se marier
– c’est de vivre à deux
– c’est de construire un projet commun
– c’est de faire des enfants

La majorité de nos concitoyens, et de nous, recherchent l’amour, le grand amour qui permettra d’être heureux et de vivre en couple. Soit.

L’amour est une composante nécessaire pour qu’un être humain vive.
L’amour semble être la composante nécessaire pour l’existence d’un couple.

Avons nous d’ailleurs déjà entendu cette affirmation :
« nous nous sommes mariés alors que nous ne nous aimions pas » ?
L’amour semble être nécessaire pour être heureux.
Et pourtant, depuis que les unions par amour sont majorité (ce qui n’était pas le cas au XIX° siècle), le nombre de séparations est maximal (plus de 2 séparations pour 3 unions)
Et de même pour Amnon, son amour très fort pour Tamar se termina par un viol et par de la haine.


Pourquoi ? Quel est le problème ?
Quelques éléments de réponse sont dans notre texte :
– 2Samuel 13 : 2 « il lui parait impossible de faire auprès d’elle la moindre tentative »; « il lui semblait impossible de l’approcher »;  » il paraissait difficile à Amnon de faire sur elle la moindre tentative » (selon différentes traductions)

En effet, à cette époque, les jeunes filles vierges vivaient généralement avec les femmes, et il était très difficile pour les hommes et les garçons de les approcher .

Par conséquent, pour aller plus loin dans la démonstration de son amour, Amnon aurait dû se plier aux conventions de l’époque, ce qu’il ne semble même pas imaginer.

La nécessité de respecter ces conventions est décrit par les versets v13&14 où Tamar dit :

 » Maintenant, je te prie, parle au roi ; il ne refusera pas de me donner à toi. Mais Amnon ne voulut pas l’écouter ; comme il était plus fort qu’elle, il abusa d’elle »

 

Il ressort de ces textes que l’amour d’Amnon était un « amour » pour lui, et non un amour pour « elle », pour l’autre.

C’était un « amour » qui désire et non un amour qui respecte ; un amour qui veut posséder coûte que coûte et non qui admet que l’autre puisse penser différemment.
Souvent quand on « tombe amoureux », il se passe quelque chose en soi-même qui déclenche un état très particulier : dans les premiers temps, il se développe une émotion très égo centrée : la vue de la personne ‘aimée’ nous met dans un état second ; l’idée même de penser à la personne ‘aimée’ nous fait perdre l’appétit, la raison.

Nous nous concentrons sur cette émotion qui se développe en nous.
Cette première phase est normale à condition qu’elle ne dure pas en enfermant sur elle-même la personne qui est amoureuse.

Malheureusement pour Amnon, il s’est enfermé dans cette émotion égo centrée:
difficulté d’aller au-delà de sa simple émotion, difficulté d’entrer dans un dialogue d’adulte avec Tamar et avec son père, difficulté de regarder les choses en face…

L’amour, après être passé par cette courte phase égo centrée, doit se porter sur l’être aimé en lui permettant de s’épanouir.


Un texte de Paul est fondamental pour cela ; il s’adresse aux couples mariés, mais
il peut être appliqué à tout couple en devenir.

Ephésiens 5 : 21,28 : « Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte du Christ »
« Les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même »

La dimension de l’amour dont parle Paul est une dimension toute autre de l’amour « coup de foudre ».
C’est non seulement un amour de cœur, mais un amour qui respecte l’autre.
C’est un amour « fou amoureux » mais de l’autre et non de soi-même.
C’est un amour qui passe par le dialogue, par l’écoute, par la construction commune.

D’ailleurs, au verset 31, Paul cite la Genèse « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux seront une seule chair ».
Nous entrons dans une dimension de projet commun, dans lequel l’amour trouve sa place.
Dans le récit de la Genèse, il est parlé du projet de Dieu lorsqu’il crée l’espace et le temps ainsi que la vie sous toutes ses formes.

La création de l’être humain couronne le tout et il est bien précisé dans le texte :

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu. Mâle et femelle il les créa ».

 

L’homme créé à l’image de Dieu nous rappelle que nous avons une ressemblance
avec le créateur.
L’être humain est à la fois créé un (Il le créa) mais aussi multiple (Mâle et femelle il les créa), tout comme Dieu.
Il n’y a aucune domination de l’un sur l’autre.

L’homme et la femme sont à la fois semblables et différents, et c’est cette différence qui va créer la rencontre, la relation.

 

« Devenir une seule chair » est le projet de Dieu pour le couple et il implique qu’il y ait une construction permanente, de toute une vie.
« Quitter son père et sa mère » c’est devenir vraiment soi-même, autonome,
adulte, prêt à pouvoir s’attacher.
« S’attacher à sa femme/son mari » se réalise en cultivant cette relation d’amour avec son vis à vis, en ayant des projets communs.
On ne vit plus pour soi-même mais pour rendre l’autre heureux.
Les deux membres d’un couple sont deux entités différentes mais il forme une nouvelle entité : le couple. Il y a le JE, le TU, le NOUS.
Le JE et le TU, l’homme et la femme, sont différents, mais ils ont aussi des objectifs communs à court, moyen et long terme, deux histoires différents et une histoire commune.

 

Dieu est amour, et il souhaite que le couple reflète cet amour divin.
Eph 5 : 25 « Que chacun aime sa femme comme Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle ».
La vie du Christ est l’exemple même de l’amour, de l’amour qui peut aussi être vécu dans le couple.

Cet amour extraordinaire que Jésus a manifesté en donnant sa vie pour nous arracher à la mort  éternelle est comme un but vers lequel nous tendons.

Pour bien courir, l’athlète doit avoir un objectif : la ligne d’arrivée; l’alpiniste a un but à atteindre : le sommet de la montagne. Paul disait aussi : « je cours vers le but ».

Pour le couple, le but est de refléter l’amour de Dieu, l’un pour l’autre.
Programme de toute une vie qui se construit dans la durée.

 

Amnon n’avait aucun projet pour Tamar.
Amnon et Tamar n’avaient aucun projet commun, même si Tamar en a proposé un à Amnon.
Amnon ne souhaitait qu’une chose : le corps de Tamar et sa satisfaction personnelle d’avoir obtenu l’objet de son désir.

De ce fait, il s’est menti à lui-même, se répétant chaque jour qu’il aimait Tamar et ne pouvait vivre sans elle, tout de suite, en dehors des conventions sociales et familiales.

Il a menti à son père, en simulant sa maladie.
Il a joué avec la sincérité de Tamar qui s’est confiée en lui, en acceptant de préparer ce repas dans l’intimité.
Et finalement il a tout perdu : son ‘amour’ s’est transformé en haine, haine contre Tamar, mais aussi probablement haine contre lui-même car ce qu’il a vécu en abusant Tamar ne ressemblait pas à ce qu’il s’était imaginé quand il était tombé amoureux.

 

Le texte nous montre bien que cette passion dévorante de Amnon n’était qu’une chimère : verset 15-17 (TOB) « Amnon se mit alors à la haïr violemment.

Oui, la haine qu’il lui porta fut plus violente que l’amour qu’il avait eu pour elle.

Amnon lui dit : « Lève-toi. Va t’en ! » Elle lui dit : « Non, car me renvoyer serait un mal plus grand que l’autre, celui que tu m’as déjà fait. » Mais il ne voulut pas l’écouter.
Il appela le garçon qui le servait et lui dit : « Qu’on expulse cette fille de chez moi, et verrouille la porte derrière elle ! »

Ce texte transpire du non respect que Amnon avait pour Tamar, de la non considération qu’il avait pour elle.


Quand je dis aimer quelqu’un, quelle est la dimension du respect que j’ai pour cette personne ?
Suis-je aussi prompt à dire : « je te respecte ma chérie/mon chéri » que je suis prompt à dire « je t’aime ma chérie/mon chéri » ?

La difficulté pour nous est la même que celle d’Amnon, au début de l’histoire.
Rien ne laissait présager que l’histoire se terminerait aussi dramatiquement.
Rien dans nos histoires d’amour, dans nos futures histoires d’amour, et je m’adresse en particulier aux jeunes, ne nous laisse présager de son issue.

Seule une démarche initiale permet d’éviter des catastrophe : ne pas se laisser aveugler par son amour, ne pas se laisser piéger par ses émotions, mais rapidement se questionner : « pourquoi dis-je que je l’aime ? »
– pour la chaleur que cela fait grandir en moi chaque fois que je le/la croise ?
– pour la satisfaction personnelle de ne plus être seul(e)
– ou pour la joie de partager ensemble la joie de voir l’autre heureux et de le/la
respecter ?
L’amour dans le respect de l’autre est un état d’esprit, une démarche volontaire.
Cela n’interdit pas de « tomber amoureux », mais cela évite de subir ses seules émotions sans trop savoir où cela va nous conduire.

Terminons par la lecture d’un texte très connu, qui s’applique aussi à la vie
amoureuse de chacun de nous :
1 Corinthiens 13 : 4-7 « L’amour est patient, l’amour est bon, il n’a pas de passion jalouse ; l’amour ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit avec la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. »


Amen