Serions-nous superstitieux

sans le savoir ou superstitieux

sans l’admettre ouvertement

pour sauver les apparences ?

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La plupart des amateurs de bandes dessinées connaissent les rocambolesques aventures de Tintin et de son inséparable comparse le capitaine Haddock.

Dans « Le trésor de Rackham le Rouge » (publié en 1945), à un moment donné, le capitaine Haddock se trouve dans une boutique genre bric-à-brac, où l’on vend toutes sortes d’objets. Tout à coup, le vieux loup de mer aperçoit son visage dans une glace et s’écrie : « C’est épouvantable ! Que m’est-il arrivé ? ». Tintin le rassure, l’informe qu’il se tient devant un miroir de forme concave qui reflète une image déformée de la réalité. Voulant être pleinement rassuré, le capitaine se précipite vers un miroir de forme classique, posé sur une étagère. Il s’en saisit maladroitement : le miroir tombe et se brise…

« Sept ans de malheur ! » s’exclame le bouillant capitaine, moralement ébranlé par ce petit incident.

Tintin réagit. Tente de raisonner son ami. En toute bonne logique, le bris accidentel d’un miroir, ne peut être l’annonce d’une série de malheurs à venir pour un individu quelque peu maladroit.

Ce n’est pas sérieux.

« Très sérieux au contraire, affirme l’irascible capitaine, je ne suis pas superstitieux, mais casser un miroir au moment de partir en croisière… Non décidément, je ne pars pas ! »

Par sa réponse ambiguë et apparemment contradictoire, le capitaine Haddock cherche à sauver les apparences et à rassurer son entourage. Non, il n’est pas superstitieux au sens général du terme et il entend ne pas être confondu avec ceux qui s’adonnent à une superstition primaire de bas étage. Oui, il est superstitieux mais d’une superstition sélective, intelligente, de bon aloi. A l’image de celle pratiquée par les plus brillants esprits de l’histoire humaine…

A l’image peut-être de ces scientifiques du Centre Spatial Guyanais de Kourou qui se tiennent dans la tour de contrôle (salle Jupiter) pendant que se déroule le compte à rebours précédant le lancement de la fusée Ariane 5. Un journaliste de Science et Vie était présent lors du lancement du 21 mars 2000. Après avoir indiqué que tous les voyants lumineux de la salle Jupiter doivent être au vert pour que l’autorisation de lancement soit donnée, celui-ci révèle qu’en ce lieu, la couleur rouge, signe de mauvais fonctionnement, de défectuosité ou de danger, fait l’objet d’une véritable superstition : ingénieurs et techniciens présents éliminent tout ce qui rappelle cette couleur (stylos, papiers, vêtements, etc.) au profit du vert pour conjurer le mauvais sort ! Aussi étrange que cela puisse paraître, ces scientifiques                   – adeptes du rationnel – appliquent, en la circonstance, l’irrationnelle  « loi de similitude » (le semblable produit le semblable) élément fondamental sur lequel repose la magie d’hier et d’aujourd’hui.

Serions-nous superstitieux sans le savoir ou superstitieux sans l’admettre ouvertement à la manière du capitaine Haddock ou des scientifiques de Kourou ?

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SE PRÉSERVER DU DANGER, DE LA MALCHANCE ET DES MALÉFICES

Passons-nous sous une échelle sans la moindre appréhension ? Sommes-nous mal à l’aise en présence d’un chat noir ou si quelqu’un nous offre un bouquet d’œillets ? Faisons-nous un nœud à notre mouchoir pour découvrir à coup sûr un objet égaré ou nous souvenir de quelque chose ? Avons-nous un chiffre fétiche ? Le chiffre 13 nous laisse-t-il indifférent en toutes circonstances ? Que déduisons-nous quand une araignée surgit devant nous le matin, le midi ou le soir ? Quand l’une de nos oreilles siffle ? Quand des taches blanches apparaissent sur nos ongles ? Avons-nous dans notre demeure, notre voiture ou sur nous-mêmes quelque objet « porte-bonheur » ou protecteur (amulettes ou grigris) : boule de gui, fer à cheval, trèfle à quatre feuilles, coccinelle, grillon, scarabée, chapelet, médaille ou croix miraculeuse, main de Fatima (fille de Mahomet), etc, etc122×129

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Sur cette terre, les croyances et attitudes relevant de la superstition sont innombrables : il faudrait écrire plusieurs volumes pour les répertorier toutes !

Difficile aussi, voire impossible de connaître avec certitude l’origine de chacune d’entre elles. « Il va de soi écrit Andrée Ruffat, qu’il  y eut …. au début de telles croyances, l’affirmation gratuite d’un prêtre, d’un devin, d’un sorcier, dotant empiriquement tel geste ou tel objet de vertus merveilleuses ou même, le vouant par son incantation personnelle à quelque puissance donnée ; à la suite de quoi, geste et objet devinrent partie d’un rite. En effet, si nos connaissances actuelles ont pu expliquer, dans une certaine mesure, le choix de pierres ou de plantes et les crédulités qui y furent attachées, il n’en demeure pas moins un grand nombre de superstitions qui nous semblent des énigmes… » (1)

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Des recherches multiples et approfondies ont permis néanmoins d’apporter des éléments sérieux touchant l’origine de certaines superstitions.

En occident, de plus en plus fréquemment, en guise de souhait de bonheur, on jette du riz sur les jeunes époux au moment où ils sortent de l’église ou du temple. Ce geste est une survivance des anciens rites païens concernant la fécondité et la prospérité. Dans l’île de Bornéo, aujourd’hui encore, aux yeux des Dayaks, l’homme qui entre dans la vie conjugale se trouve exposé à des dangers accrus : pour conjurer le mauvais sort le marié et son épouse reçoivent une pluie de grains de riz…
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Une échelle appuyée contre un mur, un arbre ou autre chose forme un triangle : montants de l’échelle, sol, appui. D’après la magie antique, le triangle était sacré et ne pouvait être rompu sans sacrilège : passer sous une échelle portait malheur. Cette superstition s’est perpétuée principalement en Europe jusqu’à nos jours.

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Le plus souvent, l’expression populaire « Touchons du bois » est employée quand un danger réel ou imaginaire pourrait empêcher le bon déroulement d’un projet en cours de réalisation. Autrement dit : « Jusqu’ici tout s’est bien déroulé… Touchons du bois pour que ça dure ! ». Dans l’Antiquité, le bois était considéré comme possédant un grand pouvoir magnétique. Habitants de l’Inde, le Aryens mazdéistes « touchaient du bois » pour se mettre plus sûrement sous la protection d’Atar, génie du Feu. 185×129

La puissance protectrice d’Atar, croyait-on, était déjà tout entière renfermée dans les veines du bois…

« Croisons les doigts » a le vent en poupe ! En vogue dans les milieux particulièrement stressants (médias, sports, sphères artistiques et politiques, etc.) cette expression doit être, d’ores et déjà,  numéro un au hit-parade de la superstition en France. Elle se rattache à la croyance magique selon laquelle la croix, sous ses diverses formes et modes d’utilisation, aurait le pouvoir de conjurer le mauvais sort ou d’éloigner les mauvais esprits. Croyance magique due, en grande partie, à une altération de la signification de la croix du Christ au sein même de la chrétienté.

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Celles et ceux qui ont suivi à la télévision les Jeux Olympiques 147×122d’été de Barcelone (1992) ont peut-être encore en mémoire les images de ce coureur cycliste mexicain engagé dans l’une des épreuves sur piste. Sur la ligne de départ, il multipliait les signes de croix pour échapper à la panique qui le gagnait irrésistiblement. En vain. Se dressant sur ses pédales au signal du départ, il chuta aussitôt sur la piste : pour lui, les Jeux Olympiques étaient terminés…

Exemple vécu entre mille, ce fait tend à donner raison à l’ironique Voltaire quand il proclamait à qui voulait l’entendre : « La Superstition est à la Religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage. »

            « L’ETERNEL TON DIEU, EST AVEC TOI PARTOUT OU TU IRAS » (Josué1 : 9)

Andrée Ruffat, déjà citée, relie la superstition à la peur ancestrale qui habite tout être humain plus ou moins intensément, et au besoin de sécurité et de protection qui en découle tout naturellement. (2)

Au commencement était la peur ?

Selon la Bible, au début de l’histoire de l’humanité, « tout était très bon »(3).  Le mal n’existait pas. Adam et Eve coulaient des jours tranquilles dans la sérénité, l’harmonie, la joie et une sécurité parfaite.
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Ils ignorèrent totalement la peur jusqu’au jour où, choisissant de suivre leurs propres voies, ils s’éloignèrent de leur Créateur et de ses précieux enseignements. Cette rupture de la relation originelle existant naturellement entre Dieu et sa créature a engendré l’insécurité et la peur dans le cœur humain…(4) . Avec le temps et l’oubli des enseignements divins, l’ignorance est venue prêter main forte à la peur pour donner naissance à la superstition.

De plus, la superstition conduit quasi immanquablement à rechercher et à s’appuyer sur les prévisions irrationnelles, hasardeuses voire charlatanesques de l’astrologie, de la numérologie (numéromancie) , de la tarologie (cartomancie), de la chiromancie, de la radiesthésie (pendulomancie),  de la voyance, de la nécromancie (spiritisme),de la magie, etc. pratiques que Dieu désapprouve formellement (lire Deutéronome 18 : 9-14). Et pour échapper à la superstition et ses prolongements occultes éventuels, il est nécessaire de tout mettre en œuvre  en vue d’établir ou de renouer une relation saine et solide avec le Dieu qui rassure, tranquillise, éclaire et libère de toute crainte, ceux et celles qui le cherchent d’un cœur sincère.

« Fais de l’Eternel (Dieu)   tes délices écrit le roi David, et il te donnera ce que ton cœur désire. Recommande ton sort à l’Eternel, mets en lui ta confiance et il agira. » (5)

Selon le Dr. Hyder (psychiatre chrétien), plus de 350 fois dans la Bible, nous trouvons cette affirmation aimante et sécurisante de la part de Dieu : « Ne crains pas » ou « Ne crains rien ». (6)

Et Jésus s’empresse d’ajouter à l’intention de celui ou celle qui passe par des moments difficiles : « N’aies pas peur, continue à croire (en moi) cela suffit ». (7)

En résumé, soyons certains que l’étude de la Bible, la prière et la confiance en Dieu constituent les meilleurs moyens mis à notre disposition pour surmonter la peur, vaincre l’ignorance, éliminer la superstition et ses prolongements occultes de notre vie.

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(1)    La superstition à travers les âges p.255-256 (Editions Payot 1976)
(2)    ————— idem—————– p.6-8 et 16
(3)    Genèse 1 : 31 (Traduction Segond)
(4)    Genèse 3 : 1-10    «
(5)    Psaume 37 : 4-5   «
(6)    Notre santé mentale p.105
(7)    Marc 5 : 36 (Transcription moderne de la Bible d’Alfred Kuen)